Après avoir exploré son processus créatif, nous parlons aujourd’hui de son lien avec le public avec Ludovic Pessin.

Ludovic est un artiste qui aime partager sa démarche. Il intègre la performance en direct dans sa pratique, transformant la peinture en un moment vivant et accessible. Dans cet épisode, il nous explique comment ces échanges avec le public enrichissent son art et ouvrent de nouvelles perspectives. Il partage aussi ses réflexions sur la résonance émotionnelle des œuvres, sur l’importance de la sincérité et sur le rôle central de la musique dans son travail.

C’est parti pour une conversation autour de l’art et de la rencontre avec le public.

Vos performances permettent au public de voir le processus de création en direct. Qu’est-ce qui vous a poussé à intégrer cette dimension vivante dans votre pratique ?

C’est un mélange d’intentions.

La musique est partie intégrante de mon processus, les mouvements de ma main et  mon corps pourraient être un geste chorégraphié, je sentais qu’il pouvait y avoir de par le processus de travail quelque chose de scénique, à réaliser seul ou accompagné. Je trouve cela intéressant de prolonger l’oeuvre en rendant visible le processus. Cela raconte autre chose, il y a un enrichissement, un partage sincère dans l’énergie de l’instant.

Il y a aussi la possibilité d’avoir un public dans des contextes très ouverts. J’interviens par exemple en entreprise et mon travail permet de nombreux échanges sur le sujet de la réinvention et partager mon processus de création en direct est une expérience pour le public qui n’est pas forcément connecté à l’art et la multiplicité de ses formes. Cela génère quelque chose de l’ordre émotionnel de voir un artiste peindre et parfois cela peut être une écriture qui laisse une trace. Dans un contexte différent, cette forme d’expression me permettra par exemple en mars d’intervenir au palais des beaux arts de Lille pour un festival autour de la philosophie et de la foi et de compléter la performance par un temps d’échange.

La performance permet aussi de travailler avec d’autres disciplines.  

Qu’est-ce que le fait de peindre en public change dans votre rapport à l’œuvre et à vous-même en tant qu’artiste ?

C’est différent de peindre seul dans mon atelier et entouré avec un public. Le propos peut potentiellement être assez proche mais je sens l’influence du temps et de l’espace en travaillant entouré. Cela peut jouer sur ma concentration, sur mon corps, mon souffle et sur l’écriture. Le focus est sur mon travail avant tout, Je ressens l’ambiance, l’énergie qui peut y avoir autour de moi. C’est avant toute une confrontation personnelle. Le public est là pour découvrir. Viendra ensuite le temps de partage avec le public. La notion de partage est essentielle. Le temps d’échange avec le public est un moment vivifiant. J’aime particulièrement montrer mon travail et en parler.

Que ressentez-vous lorsque vous partagez une performance ou exposez vos œuvres face à des spectateurs ?

Deux choses très différentes avec des temps différents. La performance est dans l’immédiateté. L’exposition est plus réfléchie et plus construite. C’est toujours une grande joie pour moi de présenter et d’échanger autour de mon travail.

Avez-vous des échanges marquants avec le public qui ont influencé votre manière de voir vos créations ou d’aborder votre art ?

Oui cela a permis lors d’une exposition de m’ouvrir à un autre support que la toile de lin: le papier. J’ai longtemps été réticent à travailler sur papier à la fois en raison du format et en raison de la fragilité du support au contact de mon geste. Une personne m’a convaincu d’essayer allant jusqu’à me dire que mon travail y gagnerait. Je ne sais pas s’il y a gagné mais depuis j’ai réalisé plus de 80 écritures sur papier Arches et cela a influé aussi sur mon geste. Je travaille d’ailleurs sur papier en performance, cela a peut être aussi joué sur   mon choix d’opter sur cette manière de peindre.

 Selon vous, qu’est-ce que vos performances apportent au public par rapport à une simple visite d’exposition ?

Ce n’est pas courant pour chacun de se retrouver face à une oeuvre qui se réalise, il y a une surprise, une curiosité. Mon processus est rapide et peut susciter de nombreuses questions, le rapport au temps, ou encore au résultat pour prendre deux exemples assez évidents. Cela intrigue très souvent. De manière caricaturale, dans notre culture, le travail de peintre est précis, laborieux, le temps est long. Je propose totalement l’inverse. 

Il y a une dimension émotionnelle aussi dans le rapport à l’oeuvre qui est augmentée par la présence même de l’artiste. Beaucoup de personnes sont aussi sensibles à qui est l’artiste, sa démarche autant que l’oeuvre en elle-même.

Votre pratique invite souvent à ressentir plus qu’à analyser. Comment souhaitez-vous que le public se connecte à vos œuvres ?

Je ne vais pas me mettre à la place du spectateur mais j’ai l’impression d’avoir un travail qui entre en résonance, avec quelque chose de vibratoire,  plus qu’un rapport intellectuel. J’ai le souvenir lors d’une exposition en 2021 d’une femme âgée, accompagnée de son mari qui visite l’expo et qui vient me voir, me prend le bras et me dit « votre peinture me touche, elle me touche dans le corps, c’est une peinture vibratoire, vivante ».

Vous dites que la peinture est un prétexte et que le sens émerge souvent après coup. Que pensez-vous des interprétations personnelles des spectateurs ?

Quand je dis cela c’est le rapport que j’entretiens moi-même avec ma peinture. La peinture n’est pas pour moi une finalité en soi. C’est une des raisons qui parfois me met en distance ou plutôt en recul au regard de l’appellation de peintre. La peinture est le médium que j’utilise aujourd’hui pour venir exprimer ce que je porte et me permet de creuser des pistes de réflexion. La peinture me fait avancer dans ma vie d’homme et je lui fais confiance.

Pour revenir au sens, c’est après avoir travaillé mes séries au rouleau et ma série des traces que j’ai commencé à faire le lien évident avec l’écriture. J’ai commencé à lire mes tableaux, à relier ce qui les raccordait à la fois dans le processus de création mais aussi dans le propos. C’est là que j’y ai vu une évidence avec l’écriture. Et puis il y a mes rêves d’adolescent. Je racontais qu’un jour je m’occuperais d’un lieu de musique, que je serais peintre et que j’écrirais. Peut être que la boucle est bouclée.

Concernant les interprétations c’est à la fois le jeu de l’art mais aussi la manière de chacun d’observer ce qui l’entoure. Je me souviens très bien lors de ma première exposition avoir eu le droit à des dizaines de séances psychanalytiques gratuites ! On ne peut rien y faire, nous regardons toujours en premier temps avec notre prisme et nos avis sur les sujets. C’est pour cela que la performance est intéressante et la présence en exposition est importante, cela permet d’échanger.

Cécile TAUVEL Maison Lacmé - crédit photo Arnaud Tinel

Bonjour ! Je suis Cécile TAUVEL

En 2012, j’ai co-fondé avec mon mari Antoine La Minut’Rit. Ensemble, nous avons fait croître cette conciergerie d’entreprise jusqu’à atteindre une équipe de 90 personnes, avant de la vendre en juin 2024 pour nous lancer dans un nouveau projet dédié à l’Art : Maison Lacmé.

Depuis novembre 2021, je suis également podcasteuse avec Pop in ! avec plus de 90 épisodes qui vous donnent la pêche. Je découvre avec mes invités comment un métier ou une passion peut transformer et illuminer le quotidien. Après une saison 2 dédiée à l’entrepreneuriat en couple, la saison 3 explore l’impact de l’art sur nos vies et sa capacité à nous émerveiller.

Tags : Art, peinture, création, toile blanche

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Le contact avec le public vous a-t-il fait découvrir des dimensions inattendues de vos œuvres ?

Cela m’est arrivé notamment pour la série des paysages de quelque part, travaillés avec des rouleaux, plusieurs personnes m’ont signalé que ma peinture était apaisante et appelait au calme. Je ne l’avais pas vue comme cela et cela me touche. Cela m’ouvre aussi des perspectives sur ma manière de travailler ou encore d’en parler. Dans le cadre de performance je ’n’ai pas de regard sur mon travail et l’impact du public va être dans l’énergie du moment. Je ne peux pas être absolument imperméable à ce qui m’entoure. Cela peut avoir un impact sur mon geste, son amplitude, ma respiration et donc un impact sur le travail. Je m’aperçois que ce rapport à une forme d’apaisement, de sérénité est important pour moi. Je ne travaille pas pour provoquer, je tends plus à un travail de contemplation et d’apaisement. D’ailleurs je n’entre jamais dans mon atelier dans un sentiment de tension ou colère, cela n’est pas le rôle de la peinture pour moi.

Que cherchez-vous à transmettre ou à éveiller chez les spectateurs à travers ce lien direct ?

Cette question n’est pas simple et je la relie à celle que vous me posiez sur la question du sens. Cette question vient en résonance avec le pourquoi de mon travail et l’envie d’aller plus loin qu’une représentation esthétique. Quand je travaille avec la main, avec un mouvement issu de mon corps, dans un geste aussi simple pour moi je pose indirectement la question de la sincérité et de la présence. C’est un des messages que porte ma peinture, une forme d’appel à trouver son propre geste,  être présent dans son corps, dans ses actes, dans nos paroles. Tout ce que nous faisons à une incidence pour laquelle nous avons de ce fait une responsabilité. C’est peut être cela que j’aurais envie de transmettre avec mon travail sur les écritures.

Comment voyez-vous évoluer cette relation avec le public dans les prochaines années ? 

J’ai toujours du mal à me projeter dans mon quotidien mais il est très probable que ce lien avec le public en performance perdure. J’aimerais pouvoir y associer des musiciens et des danseurs. L’idée d’une pauvre collective m’attire de plus en plus de par la stimulation qu’elle procure dans son élaboration. 

Et pour conclure, quelle œuvre d’art vous émerveille particulièrement ?

Je choisirais bien une installation de Wolfgang Laib, celle qu’il réalise en tamisant le pollen. Il y a une sincérité dans le geste, un effacement de l’artiste et une puissance de l’oeuvre que je trouve incroyable. Voici une oeuvre qui est en plus extrêmement apaisante.

Ressources complémentaires sur Ludovic : 

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