L’Hôtel de la Marine, place de la Concorde à Paris, fait partie des lieux où l’histoire ne se contente pas d’être racontée : elle circule, se déploie et s’incarne… Ancien Garde-Meuble de la Couronne, il fut, dès le XVIIIᵉ siècle, un espace de conservation, de mise en ordre et de présentation des trésors royaux. Accueillir aujourd’hui Joyaux dynastiques relève moins de l’événement que de l’évidence.
Présentée dans les salons de la Collection Al Thani, en collaboration avec le Victoria and Albert Museum et le Centre des monuments nationaux, l’exposition réunit plus de cent quarante bijoux, pour beaucoup montrés pour la première fois à Paris. Mais au-delà de l’exceptionnelle qualité des pièces, c’est la lecture proposée qui retient l’attention : une traversée de la joaillerie comme art de la représentation, au croisement de l’art, du design et de l’artisanat d’art.
L’écrin et le geste
Dès les premières salles, la scénographie nous a plu : les vitrines laissent respirer les pièces, l’éclairage révèle les volumes, la matière et les sertissages. L’audio-guide nous accompagne avec finesse, nous guide sans contrainte, relie les époques et éclaire les usages. Vitrine après vitrine, il compose un récit fluide, presque intime, où l’on comprend que chaque gemme est aussi un fragment de stratégie politique, de relation diplomatique et de mise en scène du pouvoir.
Diadèmes en majesté : l’équilibre entre autorité et dessin
La Salle 2, Diadèmes en majesté, s’est imposée pour nous comme un temps fort du parcours. Elle retrace l’évolution de cette parure emblématique, du début du XIXᵉ siècle aux audaces de l’Art déco. Ici, le diadème cesse d’être un simple attribut mondain pour devenir un véritable objet de design, pensé pour le corps, la lumière, le mouvement.
Les créations de Fossin, Chaumet ou Cartier témoignent d’un niveau de maîtrise technique où la légèreté visuelle masque la complexité du travail. Platine, or, argent : les matériaux sont choisis pour servir le dessin, autoriser des lignes aériennes, presque architecturales. L’artisanat d’art se révèle dans ce dialogue permanent entre contrainte et liberté.






Gemmes et souveraineté : Catherine II, Victoria, Joséphine
L’exposition rappelle avec force combien certaines figures féminines ont fait du bijou un instrument d’affirmation. Catherine la Grande, notamment, utilisa les gemmes comme un langage politique. Diamants, saphirs, broches monumentales : chaque pièce affirme une autorité conquise, assumée, rendue visible.
Moment rare et particulièrement émouvant du parcours : la réunion exceptionnelle de deux bijoux dessinés par le prince Albert pour la reine Victoria. La couronnette en saphirs et diamants (1840–1842), créée pour leur mariage, dialogue avec le diadème d’émeraudes offert cinq ans plus tard. Deux objets pensés ensemble, à distance dans le temps, mais unis par une même écriture. Le bijou devient trace d’un lien, mémoire d’un couple et articulation subtile entre sentiment et représentation. Un coup de coeur !
La France du XIXᵉ siècle, entre mondanité et héritage
La France du XIXᵉ siècle occupe également une place centrale. Autour de Napoléon III gravite une constellation de figures où la parure joue un rôle social déterminant. La princesse Mathilde, cousine de l’Empereur, incarne cette société où l’art, la conversation et l’apparat se répondent.
La broche en diamants en forme de rose, réalisée par Mellerio vers 1864, frappe par son ampleur et son naturalisme. Plus qu’un bijou, elle est une démonstration de savoir-faire : précision du sertissage, maîtrise des volumes, capacité à donner à la pierre une présence presque vivante. Elle dit beaucoup de l’excellence des métiers rares et de cette tradition française où l’ornement est un art à part entière.
Ce que ces bijoux racontent encore
Ce que j’ai aimé, c’est que “Joyaux dynastiques” ne se contente pas de montrer des trésors. L’exposition interroge la permanence des gestes, la transmission des techniques, la manière dont un objet traverse les siècles sans perdre sa force. Elle rappelle que le bijou est un art du temps long, du détail et de la main. Finalement, c’est un territoire où l’artisanat d’art rejoint pleinement le champ du design et de l’art.
À l’Hôtel de la Marine, ces pièces trouvent un écho particulier. Elles réactivent la mémoire du lieu, sa vocation première, son rapport au patrimoine vivant. Nous sommes ressortis avec le sentiment que certaines histoires ne demandent qu’à être réécoutées, et que certains lieux savent encore les accueillir. Un grand merci à l’Hôtel de la Marine pour cette très belle visite.
Une résonance contemporaine
En parcourant Joyaux dynastiques, nous avons eu l’impression que ces bijoux ne parlent pas seulement du passé. Ils parlent d’exigence, de regard et de choix assumés. Ils parlent aussi de cette attention portée au détail que l’on ne remarque pas toujours immédiatement, mais qui fait toute la différence. La qualité des matériaux, la justesse des proportions, la maîtrise des gestes rappellent que le beau naît rarement de l’effet, mais presque toujours de la rigueur et du temps accordé à la création. Pour Maison Lacmé, cette exposition agit comme un rappel essentiel car elle confirme l’importance du savoir-faire, du dialogue entre art, artisanat d’art et design, et de cette volonté de concevoir des projets qui ont du sens autant que de la tenue. Ces joyaux racontent une histoire de transmission et de cohérence, où chaque décision compte. Cette manière d’envisager la création nourrit nos réflexions, nos envies, et trace, en filigrane, les chemins à venir.
À propos de Maison Lacmé
Maison Lacmé crée des œuvres avec des artisans d’art pour faire naître des réalisations qui génèrent du dialogue.
Chaque création devient un langage entre la matière, le geste et ceux qui la découvrent.
Fondée par Cécile et Antoine Tauvel, la maison conçoit des projets où l’émotion rencontre le savoir-faire.
Antoine imagine, sélectionne les artisans d’art et donne vie aux idées.
Cécile rencontre, connecte et fait rayonner les créations.
Ensemble, ils accompagnent les maisons de luxe, architectes d’intérieur et collectionneurs dans la conception d’œuvres qui racontent quelque chose du monde — des pièces porteuses de sens, de lien et d’échange.
Bonjour ! Je suis Cécile TAUVEL
Cofondatrice de Maison Lacmé, j’imagine des projets qui rapprochent artisans d’art, créateurs et maisons de prestige autour d’un même objectif : créer du dialogue à travers la matière.
Je suis aussi la voix du podcast Pop in !, où j’explore comment l’art éclaire nos vies.
Après plus de dix ans d’entrepreneuriat, je poursuis un engagement pour la transmission et la valorisation des métiers d’art.
Tags : Design, artisanat d'art, matière
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