Il y a des épisodes que l’on enregistre avec plaisir et puis il y a ceux qui continuent de travailler en nous bien après avoir coupé le micro : ma conversation avec Margherita Balzerani fait clairement partie de cette seconde catégorie. En préparant cet épisode de Pop in !, puis en le réécoutant, j’ai ressenti la joie d’apprendre, l’envie de creuser encore, et ce sentiment rare d’avoir mis des mots sur des intuitions que je porte depuis longtemps autour de la création, de l’art, de l’artisanat d’art et de l’innovation.

Margherita Balzerani est historienne de l’art, commissaire d’exposition et directrice de Louvre-Lens Vallée. Mais au-delà des fonctions, ce qui m’a frappée, c’est sa manière de relier : les œuvres aux usages, le patrimoine au présent, les artistes aux artisan et les musées à la vie quotidienne.

Monet, la contrainte et cette lumière qui revient toujours

L’œuvre qui illumine la journée de Margherita Balzerani n’est pas un hasard : les Nymphéas de Claude Monet, à l’Orangerie.

Elle raconte la découverte de cette œuvre lors de son arrivée à Paris, comme une expérience fondatrice. Non seulement pour sa puissance esthétique, mais pour ce qu’elle raconte de la création face à la contrainte. Monet peint les Nymphéas alors que sa vue décline, atteinte par la cataracte, et c’est précisément cette limite qui ouvre un autre rapport à la couleur, à la lumière, au geste.

Margherita y voit déjà une forme d’innovation : celle d’un artiste qui dialogue avec les technologies de son temps — la photographie, les recherches de Nadar — et transforme son regard plutôt que de renoncer.

Cette réflexion trouve aujourd’hui une résonance contemporaine avec l’exposition Voir Monet de Michel Paysant, présentée jusqu’au 26 janvier 2026, où le dessin devient possible par le mouvement des yeux grâce au eye tracking. Cela devient une continuité évidente entre art, science et nouvelles technologies.

Créer, c’est laisser une trace

Quand Margherita Balzerani parle de création, elle revient à l’étymologie : créer, c’est faire naître.

Elle évoque André Malraux et cette idée que l’art est une manière de résister à la disparition. Ce qui m’a particulièrement touchée, c’est la façon dont elle élargit cette idée à d’autres formes de création : le design, l’entrepreneuriat, l’artisanat.

Créer une entreprise, créer un objet, créer un service, c’est aussi tenter de laisser une trace, une forme, une réponse, et finalement une proposition adressée au monde.

L’inutile, le raté, et tout ce qu’on apprend en chemin

Un moment que j’ai trouvé particulièrement juste dans l’épisode concerne la place de l’inutile et de l’échec dans les processus créatifs.

Margherita évoque l’exposition Flops au Musée des Arts et Métiers (jusqu’au 17 mai 2026), et ce chiffre qui bouscule : neuf innovations sur dix sont des ratés.

Observer les ratés, dit-elle, est une manière très juste de comprendre comment on avance.
L’inutile, loin d’être un échec, devient un espace d’essais, de détours, d’inventions inattendues.

C’est aussi une manière de raconter autrement l’histoire de l’innovation, trop souvent centrée sur quelques figures héroïques, et d’y réintroduire le doute, l’expérimentation, l’erreur.

POP IN Cécile

Cofondatrice de Maison Lacmé, j’imagine des projets qui rapprochent artisans d’artcréateurs et maisons de prestige autour d’un même objectif : créer du dialogue à travers la matière.
Je suis aussi la voix du podcast Pop in !, où j’explore comment l’art éclaire nos vies.
Après plus de dix ans d’entrepreneuriat, je poursuis un engagement pour la transmission et la valorisation des métiers d’art.

Tags : Art, podcast, création, innovation, émerveillement

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Métiers d’art : là où le patrimoine devient terrain d’invention

Cet épisode ne pouvait que résonner avec mon attachement aux métiers d’art.

Margherita parle avec beaucoup de justesse de la singularité française, de la structuration de la filière, mais aussi de ce qui reste à inventer. Elle évoque ces artisans et créateurs qui déplacent les lignes :

  • Tzuri Gueta, créateur ayant déposé un brevet pour ses textiles micro-encapsulés,
  • ou encore la Marbrerie VANDERMARLIERE, entreprise du patrimoine vivant où le regard d’un designer a transformé un savoir-faire familial en laboratoire contemporain.

Elle cite également l’initiative italienne Doppia Firma, qui associe designers et artisans autour d’une double signature : une approche où le patrimoine cesse d’être figé pour devenir un terrain d’expérimentation.

Les musées comme lieux de vie

Un autre point fort de notre échange concerne le rôle des musées aujourd’hui. À travers son expérience au Palais de Tokyo, Margherita raconte comment les musées sont devenus des espaces à habiter, à vivre, à expérimenter. Nocturnes, médiation repensée, attention portée aux usages : les musées observent, s’adaptent, évoluent.

J’ai été marquée par cette image très concrète : s’allonger dans un musée pour changer de point de vue face à une œuvre. Regarder autrement. Accepter de déplacer son corps pour déplacer son regard.

Bowie, l’impertinence et le droit de rire

Parmi les expositions qui l’ont profondément marquée, celle consacrée à David Bowie au Victoria and Albert Museum de Londres revient comme une évidence. Bowie y apparaît comme un créateur total, capable d’anticiper les questions de genre, d’avatar, de narration de soi.

Enfin, la conversation se termine sur une note d’ironie avec Maurizio Cattelan et La Nona Ora, cette œuvre où une météorite s’abat sur le pape. Une œuvre qui divise, qui fait sourire, qui dérange.

Pour Margherita Balzerani, l’impertinence est essentielle. Elle permet de prendre de la distance, de respirer, de continuer à créer sans se figer.

Transmettre : redonner une place à l’ennui

Enfin, la question de la transmission traverse tout l’épisode. Margherita plaide pour quelque chose de presque subversif aujourd’hui : l’ennui.

Laisser du vide. Couper les écrans. Prendre un crayon, une feuille, un carnet. Observer. Noter. Dessiner. Elle évoque Nicolas Nova et ses Exercices d’observation, et cette pratique simple, mais exigeante, de l’attention au réel.

Un rappel précieux, que je garde aussi très présent dans ma vie quotidienne et dans ce que je transmets à mes enfants.

Pourquoi je vous invite à écouter cet épisode

Cet article ne fait qu’effleurer la richesse de cette conversation. Dans l’épisode audio de Pop in !, nous prenons le temps : celui de la nuance, des références et des détours.

Si vous vous intéressez à la création contemporaine, à l’art, à l’artisanat d’art, au design, à l’innovation, aux musées, aux usages et aux imaginaires, cet échange avec Margherita Balzerani est une invitation à penser autrement.

L’épisode est disponible sur toutes les plateformes d’écoute.

Références :

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