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C’est le nombre d’artisans mobilisés pour la renaissance contemporaine de l’Orient Express, telle qu’elle est présentée au musée des Arts décoratifs dans l’exposition 1925–2025. Cent ans d’Art déco. Ébénistes, brodeurs, verriers, tapissiers, laqueurs, maroquiniers… Ici, le design ne se résume pas à une signature, mais à une chaîne de savoir-faire, patiemment orchestrée.

Dès l’entrée dans l’exposition, on se rend compte que l’Art déco n’est pas une esthétique figée dans le passé. C’est une manière de penser la création, où l’art, l’artisanat d’art et le design dialoguent sans hiérarchie, et forcément, cela résonne beaucoup pour nous. L’Art déco, c’est une façon de concevoir des objets et des espaces qui tiennent dans le temps, parce qu’ils sont le fruit de décisions précises, de gestes maîtrisés et d’un profond respect de la matière.

Un parcours qui donne du temps au regard

Le parcours proposé par le musée des Arts décoratifs est très bien construit. On avance chronologiquement, les œuvres dialoguent entre elles, se répondent, parfois se confrontent. Mobilier, textiles, bijoux, arts graphiques, dessins : tout concourt à rappeler que l’Art déco fut, dès son origine, un art global.

On croise Émile-Jacques Ruhlmann et son exigence formelle, Eileen Gray et son intelligence de l’espace, Jean Dunand et son travail virtuose de la laque, Sonia Delaunay et son rapport libre et vibrant à la couleur. Le dessin est omniprésent, c’est un véritable outil de pensée : le design se construit sur le papier avant de prendre corps dans la matière,  c’est un dessin qui vise un dessein.

Ce qui me touche particulièrement, c’est que l’exposition ne dissocie jamais la forme de sa fabrication. Les matériaux sont lisibles et les techniques compréhensibles. L’artisanat d’art est réellement valorisé.

Jean-Michel Frank, ou l’art de la retenue

Jean-Michel Frank est l’un des designers qui nous parlent le plus à Antoine et à moi… Peut-être parce que son travail impose une forme de silence ?

Chez lui, rien n’est démonstratif. Les volumes sont justes, les proportions maîtrisées, les matériaux choisis avec une exigence presque radicale. Parchemin, galuchat, bois clair, plâtre : des matières parfois modestes, parfois précieuses, mais toujours utilisées avec la même retenue. Jean-Michel Frank semble chercher l’équilibre plus que l’effet aboutissant à une forme de “luxe pauvre” comme l’indiquait si justement un cartel de l’exposition.

Dans l’exposition, ses œuvres instaurent une respiration : elles obligent à ralentir, à regarder de près, à accepter qu’un meuble puisse exister sans s’imposer. Ce rapport à la sobriété (un sujet que j’avais exploré dans la table ronde pour la France Design Week), à la matière laissée presque nue, résonne profondément avec notre manière contemporaine de penser le design. C’est un luxe discret, mais jamais fragile.

Sonia Delaunay, la couleur comme langage

À l’opposé apparent, Sonia Delaunay traverse l’exposition avec une énergie intacte. Je lui ai consacré un épisode de podcast (Sonia et Robert Delaunay), et la retrouver ici, dans ce contexte, renforce encore mon admiration pour son travail.

Avec Robert Delaunay, elle a pensé la couleur comme un rythme, une vibration capable de traverser les disciplines. Peinture, textile, mode, arts décoratifs : rien n’est cloisonné. La couleur circule, relie et met en mouvement. Sonia Delaunay montre que l’Art déco n’est pas uniquement géométrique et contenu. Il est aussi audacieux et joyeux !

Son travail rappelle que l’art peut s’inscrire dans le quotidien sans perdre sa force. Je trouve que c’est une vision qui reste, aujourd’hui encore, d’une grande modernité.

Bijoux Art déco : un dialogue avec les joyaux du pouvoir

La section consacrée aux bijoux Art déco crée naturellement un écho avec l’exposition Joyaux dynastiques, présentée à l’Hôtel de la Marine. Ici comme là-bas, les bijoux racontent bien plus que des prouesses techniques.

Chez Cartier notamment, le bijou devient un objet de design à part entière. La rigueur du dessin dialogue avec la sensualité des pierres et des métaux. Les lignes sont nettes et les compositions structurées. On retrouve cette idée que le bijou est un espace d’expérimentation formelle, où l’artisanat d’art joue un rôle central.

Ce va-et-vient entre les expositions dessine un fil discret, mais très présent : celui d’une histoire du luxe pensée par les artisans, les artistes et les designers, bien plus que par l’ornement seul.

L’Orient Express : une œuvre collective contemporaine

Et puis, vers la fin du parcours, l’Orient Express apparaît. Quelle merveille !

La confrontation entre une cabine historique de 1926 et les maquettes grandeur nature du futur Orient Express, réinventé par Maxime d’Angeac, est un moment fort de l’exposition. Ce projet ne cherche pas à reproduire l’Art déco : il en prolonge l’esprit.

Ce qui me marque particulièrement, c’est la place donnée au processus de design. Les matériaux sont nommés et les techniques expliquées. J’avoue que je suis heureuse que les artisans soient clairement identifiés : brodeurs, ébénistes, verriers, tapissiers, manufactures d’art. Cette reconnaissance est suffisamment rare pour être soulignée.

Dans les cabines, le luxe n’est jamais ostentatoire. Il réside dans la justesse des choix, dans la qualité des matières, dans le temps accordé à la fabrication. Le design devient ici une œuvre collective, où l’artisanat d’art constitue le socle même du projet.

Les livres et publications associés à l’Orient Express prolongent cette immersion. Ils nourrissent notre réflexion, nous donnent envie de comprendre et d’apprendre.

Ce que cette exposition laisse en nous

En sortant de l’exposition, nous avons pu constater que l’Art déco est une manière de penser ensemble l’art, l’artisanat d’art et le design. C’est aussi une façon de respecter les gestes, de reconnaître les savoir-faire, de concevoir des projets qui tiennent parce qu’ils sont cohérents.

Pour Maison Lacmé, cette visite nourrit notre regard, nos réflexions et surtout nos envies. Elle confirme l’importance du collectif, du temps long, et de cette attention portée aux détails qui, souvent, font toute la différence.

 

Infos pratiques : 1925–2025. Cent ans d’Art déco

L’exposition 1925–2025. Cent ans d’Art déco est présentée au musée des Arts décoratifs (MAD), à Paris, du 22 octobre 2025 au 26 avril 2026. Le musée est ouvert du mardi au dimanche, de 11h à 18h, avec une nocturne le jeudi jusqu’à 21h. La visite demande du temps : le parcours est dense, riche, et mérite que l’on s’y attarde. Un audioguide est disponible pour approfondir certaines sections, notamment autour des figures majeures du mouvement et des ensembles décoratifs. La réservation en ligne est vivement conseillée, en particulier les week-ends et pendant les périodes de vacances scolaires.

 

Bonjour ! Je suis Cécile TAUVEL

Cécile-parc de clères

Cofondatrice de Maison Lacmé, j’imagine des projets qui rapprochent artisans d’art, créateurs et maisons de prestige autour d’un même objectif : créer du dialogue à travers la matière.
Je suis aussi la voix du podcast Pop in !, où j’explore comment l’art éclaire nos vies.
Après plus de dix ans d’entrepreneuriat, je poursuis un engagement pour la transmission et la valorisation des métiers d’art.

Tags : Design, artisanat d'art, art

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À propos de Maison Lacmé

Maison Lacmé crée des œuvres avec des artisans d’art pour faire naître des réalisations qui génèrent du dialogue.
Chaque création devient un langage entre la matière, le geste et ceux qui la découvrent.

Fondée par Cécile et Antoine Tauvel, la maison conçoit des projets où l’émotion rencontre le savoir-faire.
Antoine imagine, sélectionne les artisans d’art et donne vie aux idées.
Cécile rencontre, connecte et fait rayonner les créations.

Ensemble, ils accompagnent les maisons de luxe, architectes d’intérieur et collectionneurs dans la conception d’œuvres qui racontent quelque chose du monde — des pièces porteuses de sens, de lien et d’échange.