Je reviens souvent à cette expression : tisser des liens. Elle apparaît dans des conversations anodines, dans des discours professionnels, dans des projets artistiques. On l’utilise beaucoup, peut-être trop ; et pourtant, plus je l’observe, plus je me dis qu’elle dit quelque chose d’essentiel.
Que veut-on vraiment dire quand on parle de liens ? De quoi sont-ils faits ? Pourquoi certains tiennent dans le temps quand d’autres se défont presque aussitôt ?
Ces questions me traversent régulièrement, à titre personnel, mais aussi dans mon rapport à l’art, à l’artisanat d’art et à l’aventure de Maison Lacmé. Car derrière cette expression se cache un geste ancien, concret, et une manière très actuelle d’habiter le monde.
D’où vient l’expression « tisser des liens » ?
Avant d’être une métaphore, tisser est un geste. On imagine un geste lent, précis, répété. Depuis des millénaires, il consiste à entrelacer des fils pour créer une étoffe. Chaque fil, pris seul, est fragile mais ensemble, ils deviennent résistants. Comme photo d’en-tête, j’ai d’ailleurs choisi un tissage de Manon Auguste, designer textile et lumière.
Très tôt, ce vocabulaire quitte l’atelier pour entrer dans le langage courant : on parle de trame, de fil conducteur, de toile relationnelle. Tisser des liens s’impose alors comme une image évidente pour désigner des relations qui se construisent dans la durée.
Ce qui me frappe dans cette expression, c’est qu’elle exclut toute idée de rapidité. On ne tisse pas en un instant, on ne tisse pas sans attention. Finalement, le lien devient un processus.
Dans la société, que signifie encore « faire lien » ?
Nous vivons dans un monde où tout va vite. Les échanges se multiplient, les connexions s’enchaînent, les contacts s’ajoutent. Pourtant, avons-nous réellement plus de liens ?
Tisser suppose autre chose qu’une accumulation. Cela demande du temps, de la constance, parfois même de l’effort. Cela implique de revenir vers l’autre, de nourrir la relation, de l’accepter imparfaite.
Je me demande souvent si notre époque ne gagnerait pas à redonner de la valeur à cette lenteur-là, non pas par nostalgie, mais parce que le lien, lorsqu’il est construit, soutient. Il crée une forme de stabilité, autant dans les projets que dans les parcours de vie.
L’art, ou l’art de relier
L’art ne naît jamais dans l’isolement. Un artiste dialogue avec son époque, avec d’autres artistes, avec ce qui l’a précédé. Même lorsque ce dialogue est inconscient, il existe.
Il y a aussi ce lien mystérieux entre une œuvre et celui qui la regarde, parfois immédiat, parfois différé. Une œuvre peut nous accompagner longtemps, revenir plus tard, faire écho à un moment précis de notre vie (comme me le racontent les personnes que j’interviewe pour mon podcast Pop in – saison 3 l’art illumine).
L’art relie des sensibilités, des histoires, des regards. Il crée des ponts là où l’on ne les attendait pas toujours.
L’artisanat d’art : quand le lien devient tangible
Dans l’artisanat d’art, cette notion de lien prend une dimension très concrète. Ici, le geste compte autant que le résultat. L’artisan d’art tisse une relation intime avec la matière. Il apprend à la connaître, à la respecter, à composer avec elle.
Il tisse aussi un lien avec le temps : celui de l’apprentissage, de l’erreur, de la répétition. En travaillant avec des artisans d’art, je me rends bien compte que rien n’est instantané et c’est précisément ce qui donne de la valeur à l’objet.
Enfin, il existe un lien fort avec celui qui recevra la pièce. Un objet artisanal n’est pas neutre : il circule, il s’utilise, il se transmet. Il porte en lui une histoire, souvent invisible, mais bien réelle.
Tisser des liens : une posture plus qu’une stratégie
Dans le monde professionnel, on parle beaucoup de réseau. Pourtant, tisser des liens ne relève pas d’une stratégie au sens classique. Pour moi, il s’agit plutôt d’une posture. Cela suppose de s’intéresser sincèrement aux autres, d’écouter sans chercher immédiatement un bénéfice et de donner avant de recevoir, sans calcul précis.
Ce type de lien apporte bien plus que des opportunités. Il apporte du soutien, de la clarté, parfois même une forme de confiance dans les moments de doute. Il crée un terrain commun sur lequel les projets peuvent grandir.
Maison Lacmé : faire du lien un fil conducteur
Avec Maison Lacmé, le lien n’est pas un élément secondaire. Selon moi, il est au cœur de notre projet :
- Relier les artisans d’art entre eux
- Relier leurs gestes à des publics curieux, sensibles, attentifs.
- Relier des savoir-faire anciens à des formes contemporaines.
Que ce soit à travers notre projet 2026 que nous avons hâte de vous partager ou à travers Tissage d’empreintes labellisé par le Millénaire de la Normandie – 2027, nous sommes dans cet état d’esprit.
Chaque rencontre enrichit la trame et chaque collaboration ajoute un fil. Le projet se construit comme une étoffe collective, où chacun apporte sa matière, son rythme, sa singularité.
C’est cette manière de faire ensemble qui donne du sens à l’aventure.
Prendre le temps de regarder ce que nous tissons
Au fond, tisser des liens pose une question simple, mais profonde :
Quels liens nourrissons-nous vraiment ?
Lesquels méritent d’être entretenus, renforcés, réparés parfois ?
Tisser demande de la présence, de la patience et une forme de confiance dans le temps long. Ce n’est pas toujours visible, ni immédiatement gratifiant. Mais c’est souvent ce qui permet aux choses de durer.
Et si, finalement, tisser des liens était moins une expression qu’un choix quotidien ?un






À propos de Maison Lacmé
Maison Lacmé crée des œuvres avec des artisans d’art pour faire naître des réalisations qui génèrent du dialogue.
Chaque création devient un langage entre la matière, le geste et ceux qui la découvrent.
Fondée par Cécile et Antoine Tauvel, la maison conçoit des projets où l’émotion rencontre le savoir-faire.
Antoine imagine, sélectionne les artisans d’art et donne vie aux idées.
Cécile rencontre, connecte et fait rayonner les créations.
Ensemble, ils accompagnent les entreprises, maisons de prestige, architectes d’intérieur et collectionneurs dans la conception d’œuvres qui racontent quelque chose du monde : des pièces porteuses de sens, de lien et d’échange.
Bonjour ! Je suis Cécile TAUVEL
Cofondatrice de Maison Lacmé, j’imagine des projets qui rapprochent artisans d’art, créateurs et maisons de prestige autour d’un même objectif : créer du dialogue à travers la matière.
Je suis aussi la voix du podcast Pop in !, où j’explore comment l’art éclaire nos vies.
Après plus de dix ans d’entrepreneuriat, je poursuis un engagement pour la transmission et la valorisation des métiers d’art.
Photo : devant un tissage de Manon Auguste – Myriade Studio.
Tags : lien, artisanat d'art, art, réseau
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